Le Premier ministre japonais Yoshihide Suga lors d’une conférence de presse à Djakarta, le 21 octobre.

Le nouveau Premier ministre du Japon, Yoshihide Suga, a profité de sa première tournée à l’étranger pour conforter une diplomatie marquée par une défiance tout en non-dits envers la Chine. En Indonésie, mardi 20 octobre, M. Suga a évoqué le principe d’une région « indopacifique libre et ouverte », expression-clé de l’inquiétude suscitée par l’attitude de Pékin sur les questions territoriales en mers de Chine orientale et méridionale, mais également à Hongkong ou sur Taïwan. Avec son hôte, le président Joko Widodo, il a insisté sur la coopération bilatérale sur les questions de sécurité dans la région.

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La veille, au Vietnam, M. Suga avait souligné la « ferme opposition du Japon » à « tout comportement qui exacerbe les tensions en mer de Chine méridionale », et appelé les pays concernés par les différends dans cette zone maritime « à ne pas recourir à la force ou proférer des menaces mais à œuvrer pour un règlement pacifique fondé sur le droit international ». Son homologue vietnamien, Nguyen Xuan Phuc, a salué le Japon, « puissance globale contribuant activement à la paix, à la stabilité et à la prospérité régionales ».

Transfert de matériels militaires

La Chine n’a jamais été explicitement citée mais, observe Kuni Miyake, ancien diplomate et conseiller du gouvernement nippon, « il est clair qu’elle était l’éléphant dans le magasin de porcelaine ». M. Suga poursuit sur la voie tracée par son prédécesseur, Shinzo Abe, qui avait aussi effectué, en 2013 au Vietnam, son premier déplacement à l’étranger. Fervent promoteur du concept de zone indopacifique, M. Abe avait évoqué l’importance de maintenir des espaces maritimes « ouverts, libres et en paix ».

Le contexte de 2020 contraint le nouveau chef du gouvernement nippon à aller plus loin que son prédécesseur. Aux tensions commerciales croissantes entre Pékin et Washington s’ajoute une intensification des revendications chinoises dans une région essentielle pour l’économie nippone et premier théâtre de la rivalité sino-japonaise.

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En parallèle, les tensions montent entre Tokyo et Pékin autour des îlots disputés, nommés Senkaku en japonais et Diaoyu en chinois, en mer de Chine orientale. Deux navires du gouvernement chinois ont croisé pendant plus de cinquante-sept heures du 11 au 14 octobre dans ce que le Japon considère comme ses eaux territoriales autour des îles, du jamais-vu.

Avec sa tournée, M. Suga montre que Tokyo veut conforter ses liens avec des acteurs-clés de l’Asie du Sud-Est sur ces questions géopolitiques. Outre un renforcement des échanges économiques et la promesse d’aides importantes pour sortir de la crise provoquée par la pandémie de Covid-19, le Japon va accélérer les transferts de matériels militaires vers le Vietnam, qui avait déjà annoncé, en août, l’achat de six navires de surveillance nippons, pour 292 millions d’euros. Avec l’Indonésie, le Premier ministre nippon veut relancer un cadre « 2 + 2 » − suspendu depuis 2015 − de rencontres entre les ministres des affaires étrangères et de la défense des deux pays.

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Source : Le Monde.fr

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