Au festival Kyotographie, le Japon face à ses défis

Mari Katayama, « Bystander #016 » (2016).

Imprégnée de questionnements sur le monde en général et la société japonaise en particulier, l’édition 2020 du festival Kyotographie a ouvert, malgré les tumultes liés à la pandémie de Covid-19. Une dizaine d’expositions du festival « in » se déclinent à Kyoto jusqu’au 18 octobre sur le thème de la vision, fonction physique comme représentation mentale d’une réalité présente ou à venir.

Initialement programmé au printemps, l’événement annuel a été reporté à l’automne, la faute à une pandémie qui a « bouleversé les relations humaines, l’équilibre et les activités sociales », dixit Lucille Reyboz et Yusuke Nakanishi, ses créateurs et directeurs, et qui interroge : « Quel avenir voyons-nous pour le monde ? »

Dénuement des personnes âgées

Au cœur de ce questionnement, le Japon, son environnement, sa démographie et son avenir, font l’objet de plusieurs installations, à commencer par celle de Mari Katayama. A la galerie Shimadai, aménagée dans le bâtiment d’un ancien magasin de saké et de soie, l’artiste propose un nouveau travail d’autoportraits avec Home Again, une réflexion « sur ce qui est naturel et ce qui a été perdu ou endommagé ».

Comme depuis ses débuts en 2011, l’artiste met en scène son corps, amputé dans son enfance à cause d’une maladie congénitale. Sa réflexion se nourrit cette fois en partie d’une visite à Ashio, ville montagneuse au nord de Tokyo, où l’exploitation des mines de cuivre a provoqué à la fin du XIXe siècle la première catastrophe environnementale du Japon. « J’ai trouvé un parallèle entre ces paysages et mon corps. »

Photo issue de la série « Box Lunch is Ready » (2019), d’Atsushi Fukushima.

De drames japonais, il est aussi question avec le travail d’Atsushi Fukushima. Employé comme livreur de bentos, le photographe de formation a multiplié pendant dix ans les clichés de clients âgés chez eux, un travail devenu une émouvante exposition présentée dans une ancienne machiya (maison de thé). « Pour moi, ce ne sont pas des gens qui approchent la mort. Ils mangent le bento et vivent un jour de plus. » Les images parfois désespérément souriantes, montrent le réel dénuement de ces personnes âgées dans un pays où la part des plus de 65 ans a atteint 28,7 % en 2019 et où cette population est durement affectée par la solitude et la pauvreté.

Le déclin démographique exposé crûment rappelle ces dégâts collatéraux : désertification des campagnes et perte de savoir-faire artisanaux. Le premier point apparaît dans « Le Monde merveilleux de Kakashi », exposition présentée dans une catégorie du festival « off » appelée KG + Select. Chika Usui a recréé avec humour et épouvantails des scènes de la vie quotidienne d’un village quasi déserté.

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Source : Le Monde.fr

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