Au Japon, les transgenres toujours victimes de discriminations

LETTRE DE TOKYO

L’acteur Tsuyoshi Kusanagi joue un jeune transgenre travaillant dans un cabaret, dans le film « Midnight Swan », de Eiji Uchida.

Le succès du film Midnight Swan (« Le cygne de minuit ») actuellement au Japon braque les projecteurs sur un sujet socialement délicat : les préjudices dont sont victimes les transgenres dans l’Archipel. Réalisé par Eiji Uchida, il est à l’affiche dans plus d’une centaine de salles à travers le pays et attire un public particulièrement jeune.

La notoriété du cinéaste, qui réalisa Love and Other Cults (2017), et surtout de l’acteur principal, Tsuyoshi Kusanagi qui fut la star du célèbre groupe de J-pop, SMAP, n’est pas pour rien dans ce succès qui s’explique aussi par le phénomène « genderless danshi » − les garçons (danshi) sans-genre − actuellement dans l’air du temps.

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Avec leur look androgyne, les adolescents des quartiers branchés cherchent à conjurer la masculinité que la société attend d’eux : le « garçon sans genre » peut être hétéro, gay, bi ou indifférent. La plupart ignorent ce qu’il en coûte d’aller au-delà et de se dérober aux normes imposées par la société pour devenir transgenre. « J’ai cherché à mettre en lumière la discrimination dont sont victimes les transgenres. Aucune loi ne condamne cet ostracisme social en particulier pour trouver du travail », explique le réalisateur Eiji Uchida.

Bien que les transgenres soient devenus plus visibles dans la société japonaise où les minorités sexuelles LGBTQ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers) sont mieux acceptées, le film montre les préjudices qu’ils subissent toujours. Ils sont souvent contraints de quitter leur famille, où leurs penchants sont condamnés, pour aller travailler dans le monde du divertissement (bars, cabarets) à défaut de pouvoir trouver une autre occupation.

Une longue et riche tradition de travestissement

C’est le cas du personnage principal de Midnight Swan, Nagisa, jeune transgenre qui travaille dans un cabaret du quartier chaud de Shinjuku à Tokyo. Nagisa va recueillir Ichika une petite fille, lointaine parente, maltraitée par sa mère. La petite fille n’a qu’un rêve : devenir ballerine. Attendrie et se découvrant un instinct maternel, Nagisa cherche un travail en dehors du monde de la nuit pour financer les cours de danse de celle-ci mais sa quête se heurte aux portes fermées des entreprises. Avec son état civil qui reste celui d’un homme, elle cherche désespérément à être acceptée comme une femme.

La transidentité est chargée d’ambiguïté au Japon. D’un côté, la société paraît bienveillante pour les transsexuels et travestis (baptisés new half) qui participent à de nombreuses émissions de télévision grand public mais, de l’autre, elle les cantonne dans un certain rôle, dans le divertissement. Le Japon qui ne reconnaît pas le mariage entre personnes du même sexe confine les transgenres aux marges.

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Source : Le Monde.fr

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