« J-Anon » : une version nippone du mouvement complotiste américain, portée par la méfiance envers la Chine

Des partisans de l’ancien président américain Donald Trump manifestent avant l’investiture de Joe Biden, à Tokyo, le 20 janvier. Des partisans de l’ancien président américain Donald Trump manifestent avant l’investiture de Joe Biden, à Tokyo, le 20 janvier.

En se connectant début mars sur la chaîne YouTube « Dernières informations du nouveau gouvernement de Tomomi », n’importe quel internaute japonais a pu suivre un programme vidéo consacré à la Conservative Political Action Conference (CPAC) – une grande rencontre annuelle des conservateurs américains, organisée cette année du 25 au 28 février à Orlando (Floride).

La raison d’un tel suivi : la CPAC a célébré le retour public de l’ancien président américain, Donald Trump. Et ce pour le plus grand bonheur de ses fans japonais et dudit Tomomi – le pseudo de la chaîne YouTube, qui associe les caractères japonais de l’amitié et de l’opulence. « Cette chaîne aime la liberté et la justice. Nous allons vous donner les dernières informations, principalement sur le président Trump et QAnon », proclame le youtubeur, en référence au mouvement complotiste américain. Cette chaîne comptait, le 24 mars, 30 200 abonnés.

Sa notoriété confirme l’implantation, limitée mais remarquée, du mouvement QAnon dans l’archipel – du nom de la théorie du complot née en 2017 aux Etats-Unis, et selon laquelle Donald Trump doit mettre fin à un vaste complot pédophile.

Lire notre dossier : QAnon : aux racines de la théorie conspirationniste qui contamine l’Amérique

« Le mouvement a fait son chemin grâce aux efforts d’une petite poignée de Japonais bilingues qui ont traduit ses théories. Avant que Twitter ne supprime, fin janvier, les comptes affiliés à QAnon, ils ont abondamment diffusé les contenus par les réseaux sociaux », observe Jeffrey J. Hall, de l’université Waseda, spécialiste de l’extrême droite japonaise.

Il estime néanmoins que la version nippone du mouvement, baptisée « J-Anon », reste « une petite frange de la frange des netto uyoku, l’extrême droite active sur Internet ». Elle concernerait quelques centaines d’activistes au Japon, dont certains, à l’image de Tomomi, sont suivis par des dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux.

Une centaine serait aussi membres de la « QArmy Japan Flynn », un groupe soutenant Michael Flynn, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, contraint à la démission après seulement vingt-quatre jours pour avoir menti sur ses liens avec la Russie avant l’élection présidentielle de 2016.

Lire la chronique d’Alain Frachon : « D’Abraham Lincoln, premier président du Parti républicain moderne, à QAnon… Que s’est-il passé ? »

Sentiments antichinois

Ne réagissant qu’à une partie des théories diffusées aux Etats-Unis, le mouvement nippon se focalise sur la menace communiste chinoise, accusée d’avoir infiltré le gouvernement et les médias japonais. Selon une certaine Eri, qui était active sur Twitter au sein de la « QArmy Japan Flynn », et dont le compte a été supprimé, la pandémie de coronavirus partie de Wuhan s’explique par l’introduction, par l’installation des réseaux mobiles 5G, d’un virus qui « peut fonctionner comme une arme électromagnétique contrôlable à distance ».

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Source : Le Monde.fr

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