La droite japonaise sous l’influence de groupes religieux

Le premier ministre canadien Justin Trudeau serre la main de l’ambassadeur du Japon au Canada, Kanji Yamamouchi, lors de sa visite de condoléances pour le décès de Shinzo Abe, à l’ambassade du Japon, à Ottawa, le 12 juillet. Le premier ministre canadien Justin Trudeau serre la main de l’ambassadeur du Japon au Canada, Kanji Yamamouchi, lors de sa visite de condoléances pour le décès de Shinzo Abe, à l’ambassade du Japon, à Ottawa, le 12 juillet.

Plus le temps passe et plus les accointances entre l’ancien premier ministre Shinzo Abe et l’Eglise de l’unification, la secte Moon, se confirment. Les révélations depuis l’assassinat, le 8 juillet, de M. Abe par Tetsuya Yamagami, qui lui reprochait ses liens avec l’Eglise de l’unification, ont poussé le Parti communiste japonais (PCJ) à ouvrir, samedi 23 juillet, une enquête sur les liens entre ce mouvement religieux et les parlementaires nippons.

Des liens que confirmerait l’intervention à la gare de Yamato-Saidaiji. « Il est possible que Shinzo Abe ait voulu s’adresser aux moonies », observe un bon connaisseur de la politique japonaise, en référence aux adeptes de la secte créée, en 1954, par le Sud-Coréen Sun Myung Moon (1920-2012). De fait, à Nara, le siège du mouvement religieux, rebaptisé, en 2005, Fédération des familles pour la paix mondiale et l’unification, se trouve à deux pas de la gare.

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« Outil de propagande anticommuniste »

Validée, une telle hypothèse confirmerait la forte imprégnation de la politique nippone par des mouvements religieux aux motivations diverses. Rejet du communisme, défense des valeurs conservatrices et nationalistes, mais aussi quête de respectabilité ont poussé et poussent toujours nombre d’entités religieuses de toute obédience à se mêler de politique. Idéologiquement, les liens se nouent principalement avec le Parti libéral-démocrate (PLD), qui est au pouvoir quasiment sans interruption depuis 1955. Et ces relations sont généralement tues par les grands médias.

Pour ce qui est de la secte Moon, les relations se dévoilent par bribes dans les tabloïds depuis la mort de M. Abe. Ainsi, dans le Shukan Gendai du 16 juillet, le journaliste Aito Suzuki explique avoir, au fil de plusieurs années de travail, établi que 112 parlementaires, dont 98 du PLD, entretenaient des relations avec la secte Moon. Parmi eux, Shinzo Abe, mais aussi les anciens premiers ministres Yoshihide Suga (2020-2021) et Taro Aso (2008-2009). « Il doit y en avoir d’autres, mais il est difficile d’avoir des preuves », précisait M. Suzuki.

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Les liens entre la secte Moon et le PLD remontent au grand-père de M. Abe, Nobusuke Kishi, premier ministre de 1957 à 1960. Inquiet de la propagation du communisme au Japon, M. Kishi a soutenu la création, en 1968, par le révérend Moon – connu pour son anticommunisme virulent – de la Fédération internationale pour la victoire contre le communisme, une structure appuyée par la KCIA, les services de renseignement sud-coréens.

En 1984, a révélé, le 21 juillet, le Shukan Shincho, alors que Sun Myung Moon croupissait en prison aux Etats-Unis pour évasion fiscale, Nobusuke Kishi a écrit au président américain, Ronald Reagan, plaidant pour la libération du gourou, un « homme intègre », dont la présence « rare et précieuse » est « essentielle à la préservation de la liberté et de la démocratie ». « Les dirigeants japonais de l’époque considéraient l’Eglise comme un outil de propagande anticommuniste », explique Masaki Kito, avocat et expert des organisations religieuses. Pour le groupe, afficher des liens étroits avec des politiciens de premier plan était un gage d’honorabilité.

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Source : Le Monde.fr

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