La mort de Satoshi Kirishima, militant de l’extrême gauche japonaise, recherché depuis un demi-siècle

Un avis de recherche de Satoshi Kirishima, affiché à l’extérieur d’un poste de police, le 2 février 2024, à Tokyo. Un avis de recherche de Satoshi Kirishima, affiché à l’extérieur d’un poste de police, le 2 février 2024, à Tokyo.

« Je veux mourir en tant que Satoshi Kirishima. » En révélant sa véritable identité quelques jours avant de mourir, l’homme mort d’un cancer de l’estomac lundi 29 janvier à l’hôpital de Kamakura, au sud de Tokyo, a levé un mystère qui hantait le Japon depuis près de cinquante ans. M. Kirishima était recherché depuis 1975 pour une série d’attentats à la bombe menés au cœur des années 1970 au nom de la lutte contre les « méfaits » de l’impérialisme nippon.

Né en 1954 à Fukuyama (sud-ouest), Satoshi Kirishima a intégré la faculté de droit de l’université Meiji Gakuin, à Tokyo. Il y fréquente deux militants du Front armé antijaponais d’Asie de l’Est (EAAJAF), Yoshimasa Kurokawa et Juichi Ugajin, qui le recrutent. Classé comme un mouvement d’extrême gauche inspiré par l’anarchisme antijaponais, le front est né d’une initiative de Masashi Daidoji (1949-2017), qui voulait créer un mouvement ancré dans la nouvelle gauche japonaise, hostile aux communistes et à tout autre groupe établi.

Le groupuscule s’est concentré sur les « méfaits » de l’impérialisme japonais en Asie, en s’inspirant d’ouvrages comme Les Enregistrements sur le recrutement forcé de Coréens (Chosenjin Kyosei Renko no Kiroku, ed. Miraisha, 1965) de Park Kyung-sik. Le front s’intéresse à la guérilla urbaine, s’organise en cellules et finit par s’engager dans l’action violente, en ciblant des symboles de l’impérialisme nippon. Il place une bombe en 1971 au temple Koa Kannon d’Atami (sud de Tokyo), qui abrite les cendres de criminels de guerre nippons, comme le premier ministre Hideki Tojo (1884-1948), qui a déclenché l’attaque sur Pearl Harbor en 1941. En 1972, l’EAAJAF s’en prend à l’Institut des cultures nordiques de l’université d’Hokkaido (Nord), jugé complice de l’asservissement de la minorité aïnu.

Passionné de musique

Le front s’attaque aussi aux entreprises impliquées dans le colonialisme. Il fait exploser deux bombes en 1974 devant les bureaux de Mitsubishi Heavy Industries, géant industriel ayant exploité des Coréens pendant la colonisation de la péninsule (1910-1945). L’attentat fait huit morts et 380 blessées. D’autres actions sont menées par la cellule « Scorpion », à laquelle appartient M. Kirishima, qui fait notamment exploser, en avril 1975, une bombe artisanale à l’Institut coréen de recherche économique – associé aux entreprises nippones investissant dans la péninsule – dans le quartier de Ginza, à Tokyo.

La police réplique et arrête neuf personnes. Trois membres du Front réussissent à fuir à l’étranger. M. Kirishima disparaît. En mai 1975, il est placé sur la liste des « personnes importantes » recherchées par l’Agence nationale de police. Sa fiche le décrit comme mesurant « près de 1,60 mètre », avec « des lèvres épaisses et très myope ». Son visage juvénile, souriant avec des cheveux longs et des lunettes à la monture épaisse, est depuis lors familier des Japonais, puisqu’il figure sur les affiches placardées dans tous les lieux publics, gares, mairies, postes de police.

Il vous reste 35% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source : Le Monde.fr

Partagez !

Laisser un commentaire