Yoshihide Suga, futur premier ministre du Japon, ombre portée de Shinzo Abe

Porte-parole du gouvernement sortant, Yoshihide Suga, lors d’une conférence de presse, le 14 septembre, à Tokyo.

Elu, lundi 14 septembre, à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD), Yoshihide Suga est assuré de devenir, le 16 septembre, le nouveau premier ministre de la troisième puissance économique du monde à la suite d’un vote au Parlement, où sa formation et son allié centriste Komeito détiennent la majorité.

Chef du cabinet du premier ministre et porte-parole du gouvernement sortant, le terne M. Suga succédera à Shinzo Abe, qui a annoncé fin août sa démission pour raison de santé.

La désignation de M. Suga comme successeur est sans surprise : elle était acquise depuis que les « barons » du PLD s’étaient entendus sur son nom. Cette succession, rapidement orchestrée afin d’éviter toute impression de vacance du pouvoir, n’en est pas moins chargée d’incertitudes.

M. Suga joue la continuité

Comme le reste du monde, le Japon fait face à la crise sanitaire – et à l’effondrement économique qu’elle entraîne –, mais aussi à un regain de tension avec la Chine, qui multiplie les incursions dans ses eaux territoriales, et aux incertitudes de l’élection présidentielle aux Etats-Unis.

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Alors que les deux autres candidats à la présidence du PLD (l’ancien ministre des affaires étrangères, Fumio Kishida, et l’ancien ministre de la défense, Shigeru Ishiba) avançaient des orientations qui, sans être nouvelles, avaient le mérite d’exister, M. Suga joue la continuité et l’expérience du pouvoir, arguant « avoir toujours été associé aux décisions de M. Abe ».

Rassurante sans doute pour l’opinion, la continuité, maître mot de M. Suga, n’est peut-être pas ce dont le Japon a besoin en ces temps incertains qui ont révélé l’usure du pouvoir de Shinzo Abe. Réputé libéral sur le plan économique, M. Suga ne se démarque toutefois en rien de son prédécesseur : même orientation diplomatique, même politique monétaire accommodante, même désintérêt pour les questions environnementales.

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Les sept ans et huit mois de M. Abe à la tête du Japon – une longévité record – sont un succès en trompe-l’œil : « Son plus grand succès est sans doute de s’être maintenu au pouvoir aussi longtemps », estime, ironique, Tobias Harris, auteur de The Iconoclast. Shinzo Abe and the New Japan (Hurst & Co, 392 pages, 23 euros, non traduit). Beaucoup de promesses n’ont pas été tenues, telles que les réformes structurelles de l’économie ou l’amélioration de la situation des femmes.

Crédibilité sur la scène internationale

M. Abe a donné, en revanche, une visibilité au Japon sur la scène internationale en multipliant les visites à l’étranger. C’est largement sur cette image d’un Japon mondialisé, dont les Jeux olympiques à Tokyo de 2020 devaient être le point d’orgue, qu’il a entretenu sa popularité. Elle avait commencé à s’éroder avec ses errements dans la gestion de la crise sanitaire – auxquels M. Suga n’est pas étranger.

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Source : Le Monde.fr

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