« Pour moi, aujourd’hui, le plus excitant, c’est de sortir de l’hôpital et de montrer au monde un Kansai en vêtements ensoleillés. » Persuadé que la mode « a le pouvoir de rendre les gens heureux », le styliste japonais Kansai Yamamoto, connu pour ses créations avant-gardistes et flamboyantes, souhaitait participer le 31 juillet au « Nippon Genki Project », un festival annuel de musique et de mode – organisé en ligne à cause du Covid-19 – « pour surmonter ensemble ces moments difficiles ».

Kansai Yamamoto en 1982, au côté de la mannequin Sayoko Yamaguchi.

Son vœu n’aura pas été exaucé. L’artiste à l’énergie communicative a succombé le 21 juillet à une leucémie, pour laquelle il était hospitalisé depuis février. L’annonce de son décès a été faite par sa deuxième fille, l’actrice Mirai Yamamoto.

Né le 8 février 1944 à Yokohama, au sud de Tokyo, le créateur a grandi entre Kochi, Gifu et Osaka (ouest du Japon), élevé par son père divorcé. Intéressé par l’architecture, il suit un enseignement en génie civil au lycée avant de partir pour Tokyo et d’intégrer l’université Nihon, où il étudie l’anglais.

Entre-temps naît son intérêt pour la couture, notamment après qu’il a été ébloui par « le sens de la mode » du film Plein soleil (1960), de René Clément, et enthousiasmé par les chorégraphies des groupes scolaires de pom-pom girls.

« Transcender les frontières entre les sexes »

Il se lance dans la couture et décroche en 1967 le prix Soen récompensant les talents prometteurs de la mode nippone. Après avoir travaillé avec des stylistes reconnus comme Junko Koshino et Hisashi Hosono, il prend son indépendance en 1971 et fonde la maison Yamamoto Kansai. La même année, il devient le premier créateur japonais à organiser un défilé de mode à Londres, titré « Kansai in London ».

Cette première collection, fortement influencée par le concept japonais de « Basara », qui signifie « extravagance, excentricité », impressionne le magazine Harpers & Queen, qui en fait sa « une » sous le titre « Explosion from Tokyo ».

Sa notoriété croissante l’amène à collaborer dès 1973 avec le chanteur David Bowie (1947-2016), époque de Ziggy Stardust. Il crée pour lui des costumes de scène restés emblématiques, comme le Tokyo Pop, une combinaison en vinyle noire rayée de blanc ou la combinaison tricotée asymétrique multicolore. « David était un véritable avant-gardiste il faisait des vagues dans le paysage musical de l’époque. Son énergie résonnait avec mon propre désir d’aventure », déclarait-il en 2018 au site Internet The Cut. Il partage l’intérêt du musicien britannique pour la mode féminine. « J’ai trouvé terriblement beaux l’esthétique et l’intérêt de David à transcender les frontières entre les sexes. » Très proches sur le plan artistique, les deux hommes sont restés liés. Kansai Yamamoto a aussi travaillé avec Elton John et Stevie Wonder.

Il vous reste 31% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source : Le Monde.fr

Partagez !

Laisser un commentaire