Au Japon, la mort d’une malade incurable relance le débat sur l’euthanasie

L’arrestation de deux médecins soupçonnés d’avoir aidé à mourir une femme atteinte de la maladie de Charcot (la sclérose latérale amyotrophique) relance le débat sur l’euthanasie au Japon. La police a révélé lundi 27 juillet que les praticiens avaient reçu 1,3 million de yens (environ 10 500 euros) de Yuri Hayashi, 51 ans, quelques jours avant son décès en novembre 2019. Un sédatif a été retrouvé dans le corps de la femme. Accusés de meurtre, les deux médecins ont été arrêtés le 23 juillet.

Furieux de constater que les docteurs avaient agi contre de l’argent, Kazuo Hayashi, le père de la femme décédée, a avoué sa surprise que sa fille ait voulu mourir. « Je l’aurais empêchée si j’avais su. Un parent ne donnerait jamais son consentement pour cela. »

L’affaire, conclue à travers des échanges sur les réseaux sociaux, embarrasse également Yasuhiko Funago, sénateur de l’opposition âgé de 62 ans. Lui-même atteint de la maladie de Charcot, il y voit un choc pour les personnes « atteintes de maladies incurables mais qui veulent continuer à vivre ». Ayant souhaité mourir aux premiers temps de sa maladie, lui a choisi de « continuer à vivre », après avoir réalisé l’utilité de son expérience, grâce au soutien d’autres malades.

Le concept de « songenshi »

L’euthanasie n’est pas légalement reconnue au Japon, mais fait régulièrement débat dans un pays au vieillissement accéléré, où le suicide n’est pas religieusement condamné. Les Japonais sont très attachés à la songenshi, la « mort dans la dignité », libérée de la douleur et de la détresse physique, où le décédé doit offrir un visage apaisé qui témoigne de la qualité des soins comme de la tranquillité de l’esprit, libre alors de transiter sereinement vers l’autre monde.

Le premier procès pour euthanasie date de 1950. Le tribunal de Tokyo avait alors condamné à un an de prison avec sursis un homme coupable d’avoir tué sa mère. Hémiplégique, elle avait émis le souhait de quitter ce monde. Le tribunal avait admis, en marge du verdict, la possibilité « d’écourter les jours d’un malade affecté d’une grande douleur provoquée par une maladie incurable ».

En 1995, un médecin a été condamné pour meurtre à du sursis pour avoir mis fin aux jours d’un cancéreux en phase terminale. L’affaire, la première impliquant un médecin, avait fait grand bruit. Les juges avaient alors défini quatre critères pour l’euthanasie. Le patient devait être affecté d’une douleur insupportable et être condamné à court terme. Il ne fallait pas qu’il existe de méthode pour soulager la douleur et le malade devait avoir donné son accord pour mettre fin à ses jours.

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Source : Le Monde.fr

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