Au Japon, le menottage dans le dos est réservé aux condamnés à mort, le jour de leur exécution. Parfois, ils se débattent violemment et se déboîtent une épaule. L’exécution est-elle alors reportée ? « Non, elle est appliquée », explique un certain « M » dans « Les Secrets de la peine de mort révélés par un gardien » (Takeshobo, 2021, non traduit), manga d’Ichinose Hachi, réalisé sur la base de témoignages anonymes d’anciens employés, comme « M », du système pénitentiaire nippon. Un récit glaçant que le tabloïd Gendai a choisi de publier en ligne, mercredi 26 juillet, comme une invitation à réfléchir à la peine capitale, une démarche rare dans un Etat qui reste, avec les Etats-Unis, le seul pays développé à appliquer cette sanction.

La veille, Tomohiro Kato avait été pendu au centre de détention de Kosuge, à Tokyo. Il avait été condamné à mort pour avoir précipité, en 2008, un camion sur la foule, dans le quartier d’Akihabara, à Tokyo, avant de poignarder plusieurs personnes. L’attaque avait fait sept morts et une dizaine de blessés. En 2015, la Cour suprême avait définitivement confirmé la sentence, estimant que la gravité du crime ne laissait aucune place à la clémence. La pendaison de M. Kato était la quatrième en un peu plus de six mois. En décembre 2021, trois détenus avaient été exécutés.

Ces exécutions sont menées dans une relative indifférence qui permet de maintenir le système dans une certaine opacité. Confinés dans un des sept centres de détention spéciaux du pays, les condamnés croupissent dans des cellules individuelles de 6 mètres carrés, sous l’œil d’une caméra activée en permanence. La journée, ils doivent rester assis. La lumière reste allumée la nuit pour empêcher les suicides. L’isolement affecte parfois leur raison. Il y aurait des mauvais traitements.

Pendaison

Seuls les membres de leur famille ou leur avocat peuvent leur rendre visite. La loi prévoit une exécution dans les six mois suivant le verdict, mais elle est rarement appliquée. En 2021, rappelle le centre japonais d’information sur l’innocence et la peine de mort, deux des 118 condamnés à mort étaient incarcérées depuis plus de quarante ans.

La date de l’exécution, décidée par le ministre de la justice, est inconnue. Les condamnés ne l’apprennent que quelques heures avant. « Chaque fois que les gardiens venaient chercher un condamné, je tremblais. Je m’effondrais quand je découvrais que ce n’était pas mon tour. Je pleure encore quand je me souviens de ces moments », expliquait Sakae Menda (1925-2020), premier Japonais à avoir été libérée après trente-quatre ans dans le couloir de la mort.

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Source : Le Monde.fr

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