Au Japon, les mères célibataires entre discriminations et grande précarité

Une mère promène son enfant dans un parc de Tokyo, au Japon, le 11 mai 2023. Une mère promène son enfant dans un parc de Tokyo, au Japon, le 11 mai 2023.

« Je me sens privée de ma dignité parce que je suis une mère célibataire, je bénéficie de l’aide publique, je n’ai pas assez d’argent pour l’alimentation quotidienne et l’école, et je n’ai pas de travail. » A 45 ans, Mika, qui ne donne que son prénom comme l’ensemble de nos interlocutrices, élève comme elle peut ses deux enfants de 3 et 7 ans depuis son divorce « pour violences conjugales ». « Mon ex-mari avait été licencié, explique-t-elle. J’étais mentalement épuisée. » Souffrant d’un Covid-19 long et d’une maladie chronique, vivant dans un petit appartement d’un quartier modeste de Tokyo, elle peine à trouver un emploi. « Mes enfants aimeraient entrer dans des clubs et voyager, mais je ne peux pas me le permettre. » Les allocations s’élèvent à 2 millions de yens (13 400 euros) par an. Ses parents, modestes, ne peuvent pas l’aider.

Au cœur de la troisième économie mondiale, son cas n’a rien d’isolé. Le revenu annuel moyen des foyers avec mère célibataire était de 3,73 millions de yens en 2020, moins de la moitié de celui des ménages avec enfants et loin des 6,06 millions de yens que touchent les familles monoparentales avec le père.

« Par rapport aux pays européens, beaucoup de mères célibataires japonaises vivent dans la pauvreté, même si elles travaillent. 85 % des ménages monoparentaux ont un emploi, mais 48,3 % d’entre eux sont en situation de pauvreté », explique Yanfei Zhou, de l’université des femmes du Japon. En France, leur taux de pauvreté, défini comme des ressources inférieures à la moitié du revenu médian, est de 24,1 %, selon l’OCDE.

Enveloppe gouvernementale

Aujourd’hui, le Japon dénombre 1,4 million de foyers monoparentaux, dont 90 % avec la mère. Les mères célibataires font partie de ces « nouveaux pauvres » : celles et ceux qui passent inaperçus, que l’on ne remarque pas et que la société a tendance à oublier.

Leur précarité a parfois viré au dénuement pendant la pandémie de coronavirus avec son cortège de suppressions de postes dans la restauration ou autres services, suivie d’une forte inflation. De quoi justifier l’annonce, jeudi 1er juin, par le premier ministre, Fumio Kishida, d’une enveloppe de 3 500 milliards de yens sur trois ans, pour la protection de l’enfance, vaste programme englobant le soutien à l’éducation, la prévention de la maltraitance, la lutte contre la dénatalité et la réduction de la pauvreté. L’annonce de l’enveloppe suit la création, le 1er avril, d’une agence de la famille et de l’enfance qui, espère M. Kishida, « conduira à la création d’une société favorable aux enfants ».

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Source : Le Monde.fr

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