LETTRE DE TOKYO

Des toilettes publiques conçues par l’architecte japonais Shigeru Ban au Yoyogi Fukamachi Mini Park à Tokyo, en juin 2023. Des toilettes publiques conçues par l’architecte japonais Shigeru Ban au Yoyogi Fukamachi Mini Park à Tokyo, en juin 2023.

Chaque matin, en promenant son bouledogue dans les allées du parc d’Ueno à Tokyo, elle ramasse à l’aide d’une grande pince les mégots et divers petits détritus des plates-bandes qu’elle enfourne dans un sac en plastique. Quand elle découvre une fleur des champs, elle se baisse et, accroupie, dégage les brindilles qui pouvaient en gêner la floraison avec la même délicatesse qu’un jardinier. Cette promeneuse, enseignante à la retraite, fait ce travail bénévolement. Parfois, elle place une fleur dans un gobelet en carton dans les toilettes du parc. « C’est plus gai », dit-elle. Attention inattendue en tout cas.

Les commodités publiques des villes japonaises sont un étonnement pour le nouvel arrivant : innombrables et d’une propreté enviable – même celles, assez rares, qui sont quelque peu vétustes –, elles détonnent singulièrement avec l’état de ces lieux en Europe.

Le cinéaste allemand Wim Wenders fait découvrir le minutieux nettoyage dont elles sont l’objet dans son film sorti en France le 29 novembre, Perfect Days, à travers le quotidien d’un nettoyeur de toilettes publiques du quartier de Shibuya à Tokyo. Il accomplit sa tâche routinière et ingrate avec la satisfaction que procure tout travail bien fait. On ignore, ici, la notion de sot métier : toute activité humaine, fût-elle peu gratifiante, est a priori respectable – si on exclut les métiers frappés d’une discrimination ancestrale qui pèse encore sournoisement sur les descendants de ceux qu’on appelle les « habitants des hameaux » (burakumin) tels que les tanneurs, bouchers… considérés autrefois comme des êtres souillés.

Souci d’hygiène enseigné dès le plus jeune âge

Il est rare de chercher dans Tokyo des toilettes publiques sans en trouver. Il y en a de plusieurs catégories : celles des rues, des parcs et des squares gérés par les arrondissements, celles des gares des trains et des métros – accessibles même si elles sont situées au-delà des portillons (il suffit de demander au préposé de vous laisser passer) – , celles des parkings, galeries marchandes souterraines ou en surface, supérettes, buildings de bureaux, temples et sanctuaires. Généralement indiquées par des panneaux de signalisation, elles sont toutes disponibles pour quiconque et gratuites. Le nettoyage est généralement confié à des entreprises du secteur privé. Toujours impeccables, elles ne sont jamais vandalisées. Il en va de même des toilettes des trains.

La propreté des toilettes publiques fait partie de ce que tout un chacun, au Japon, est en droit d’attendre de ces lieux. Elle semble aller de soi. On disait autrefois dans l’Archipel que l’on juge quelqu’un à la propreté de ses toilettes. Enfants, Japonais et Japonaises du primaire et du secondaire, dans le public comme dans le privé, nettoient les toilettes de leur école – non à titre de punition mais de participation par rotation à l’entretien de l’établissement au même titre que le lavage des vitres ou le balayage de la classe. Ce souci d’hygiène enseigné dès le plus jeune âge reste enraciné dans les mentalités.

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Source : Le Monde.fr

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