Regard zen sur le monde : « Le recueillement spirituel n’est pas une pratique individuelle visant le développement personnel »

Au mois de novembre, Kyoto, l’ancienne capitale impériale du Japon, se couvre d’érable. Au mois de novembre, Kyoto, l’ancienne capitale impériale du Japon, se couvre d’érable.

Le Français Clément Sans est récemment devenu moine zen, ordonné sous le nom de Tozan (« la montagne du pêcher »). Chaque mois, il nous envoie une lettre qui nous fait partager ses réflexions et son quotidien singulier, presque hors du temps. Après deux ans passés au temple Antai-ji, dans les montagnes de l’île Honshu, il poursuit désormais sa pratique à Kyoto, l’ancienne capitale impériale du Japon.

Lettre de novembre. Kyoto est désormais une ville rouge. Décrochée de la grande route s’échappant vers le lac Biwa, l’allée du temple est couverte d’une épaisse couche de feuilles d’érable. Alors que l’encens s’échappe des fenêtres du bâtiment principal, l’abbé et son fils passent rapidement le balai dans le jardin. Le cimetière est nettoyé par des fidèles dont le regard s’échappe vers un grand paysage aux couleurs infinies, les chants de la liturgie quotidienne semblant accompagner la montagne dans la plus belle des saisons.

Une fois n’est pas coutume, je me suis rendu au sud de Kyoto, dans la petite ville d’Uji, pour rendre hommage au fondateur de l’école Obaku, branche du zen malheureusement trop peu connue, pour laquelle j’ai toujours eu une grande tendresse depuis une retraite méditative avec des moines de ce courant fascinant.

L’anniversaire d’Ingen Ryuki (1592-1673) est célébré chaque année au Manpuku-ji, le temple principal de l’institution. Pour nommer la cérémonie, le mot jimin est utilisé, terme signifiant « l’esprit magnanime et la compassion éprouvée pour toute chose ». Si une petite cérémonie est organisée, cette dernière sert également aux moines de rappel à leur engagement initial, le mot jimin étant également utilisé lors du rituel d’ordination. Mon passage au temple est pour moi l’occasion de rendre hommage à un grand patriarche du zen et de questionner une fois encore les motifs qui parsèment mon chemin religieux.

Cette branche du bouddhisme nous permet notamment de poser une question parfois occultée dans les débats francophones : comment qualifier la foi dans le zen, dont la pratique semble a priori très corporelle et ascétique ? Le bouddhisme japonais est très composite, et les écoles exprimant des spécificités doctrinales sont nombreuses, y compris à l’intérieur du zen, qui ne saurait se regrouper sous une seule et même bannière.

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De l’école la plus dévotionnelle à la plus ésotérique en passant par certaines pratiques très formelles ou minimalistes, toutes peuvent cependant se réclamer d’une même foi, évidemment manifestée sous diverses formes. Il est dit dans les écritures classiques qu’il existe des milliers de portes pour atteindre l’éveil, le Bouddha étant comme ce médecin face à des patients, proposant la bonne prescription et la bonne application du contenu spirituel selon la situation et les conditionnements des êtres se présentant à lui.

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Source : Le Monde.fr

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