Une histoire commune et la menace chinoise poussent Tokyo à la prudence au Myanmar

Lors d’un rassemblement, dimanche 14 février 2021, à Tokyo en faveur d’Aung San Suu Kyi. Lors d’un rassemblement, dimanche 14 février 2021, à Tokyo en faveur d’Aung San Suu Kyi.

« Libérez Aung San Suu Kyi. Libérez le Myanmar. » Les slogans scandés par les milliers de manifestants birmans et japonais réunis, dimanche 14 février, à Tokyo pour protester contre le coup d’Etat militaire en Birmanie contrastent avec le positionnement du gouvernement nippon, prudent dans sa condamnation des putschistes. Inquiet pour ses relations avec un partenaire stratégiquement important, Tokyo redoute de nouvelles sanctions qui pourraient pousser les militaires birmans à se rapprocher un peu plus de la Chine voisine.

Le premier ministre, Yoshihide Suga, a fait part, le 4 février, de ses « graves inquiétudes » et appelé à « restaurer, dans les meilleurs délais, le fonctionnement démocratique ». Le Japon a signé le communiqué du G7 condamnant le coup d’Etat.

Estimant que les actions de l’armée allaient « à l’encontre de nos valeurs et de notre politique en faveur des droits humains », le brasseur nippon Kirin a mis fin, le 5 février, à la coentreprise avec Myanmar Brewery and Mandalay Brewery, deux filiales du Myanma Economic Holdings (MEHL), un conglomérat lié à la Tatmadaw, l’armée birmane.

Tokyo ne devrait toutefois ni aller très loin dans ses critiques, ni se joindre à un nouveau régime de sanctions, afin de préserver sa relation présentée comme « spéciale » avec Naypyidaw. Celle-ci fut forgée pendant la seconde guerre mondiale, quand les militaires nippons formaient les nationalistes birmans luttant contre les troupes britanniques, à commencer par le groupe dit des « trente camarades », dont Aung San (1915-1947), père de la dirigeante de facto, Aung San Suu Kyi, et Ne Win (1910-2002), à la tête du pays de 1962 à 1988, et resté très proche du Japon.

Développement économique

L’Archipel a joué un rôle majeur dans le développement économique du Myanmar – nom officiel de la Birmanie – en accordant, dès 1955, des réparations de guerre et, dès 1968, une aide publique au développement (APD). Tokyo a pris quelques distances avec la junte militaire après le coup d’Etat de 1988, en partie sous la pression des Etats-Unis, tout en maintenant des aides financières et un certain degré d’échanges diplomatiques.

L’amorce de démocratisation en 2011 a relancé la coopération bilatérale, fortement encouragée par le premier ministre d’alors, Shinzo Abe (2012-2020), car considérée comme à haute valeur stratégique pour endiguer l’influence croissante de Pékin en mer de Chine méridionale et dans l’océan Indien. Depuis 2014, le ministère nippon de la défense forme des officiers birmans. Huit cadets de l’armée birmane étudient actuellement à l’Académie japonaise de défense nationale.

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Source : Le Monde.fr

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