Au Japon, le sumo, un monde sans merci pour la santé des combattants

Au premier jour du tournoi de sumo organisé en l’absence de spectateurs dans l’enceinte du Kokugikan à Tokyo, le 9 mai 2021. Au premier jour du tournoi de sumo organisé en l’absence de spectateurs dans l’enceinte du Kokugikan à Tokyo, le 9 mai 2021.

LETTRE DE TOKYO

Le tournoi de sumo, commencé dimanche 9 mai, pourrait voir Terunofuji réaliser son rêve. S’il en sort vainqueur, le lutteur d’origine mongole pourrait atteindre le niveau suprême de la hiérarchie de cette pratique traditionnelle japonaise en devenant le 73e yokozuna (grand champion). « Il n’y a qu’une seule chose que je dois encore vivre, c’est devenir yokozuna », a déclaré Terunofuji au quotidien Mainichi.

Malgré l’absence de spectateurs dans l’enceinte du Kokugikan de Tokyo – le Japon étant soumis à un nouvel état d’urgence pour lutter contre la pandémie de Covid-19 –, Terunofuji était bien parti le 12 mai avec quatre victoires en quatre combats.

Le rikishi (combattant) revient de loin. Après avoir tutoyé les sommets du sumo en 2015, de graves blessures et des problèmes de santé l’ont éloigné du dohyo (l’aire de combat) pendant de longs mois et l’ont fait dégringoler dans le classement. Sa victoire au tournoi de printemps a signé son retour et ravivé ses espoirs de devenir yokozuna.

Choc violent

La lumière sur Terunofuji ferait presque oublier la mort de Hibikiryu, victime le 28 avril d’une insuffisance respiratoire aiguë. Le lutteur était hospitalisé depuis le 26 mars, après un choc violent à la tête lors d’un combat pendant le tournoi de printemps.

Cette disparition embarrasse le monde du sumo. Elle aurait pu être évitée si les mesures adéquates avaient été prises au moment de l’accident. Après le choc, le lutteur de 28 ans est resté près de cinq minutes inconscient sur le dohyo, sans soins.

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Traditionnellement pendant les tournois, les arbitres attendent que les lutteurs se relèvent seuls après une chute et il n’y a pas de médecins près de l’ère de combat. Quand Hibikiryu a été pris en charge, il a été retourné par des fonctionnaires et non par des médecins qualifiés. Il a été transporté sans que sa tête soit immobilisée, malgré le risque de blessure à la colonne vertébrale.

Après sa mort, l’Association japonaise de sumo (JSA) a réagi en affirmant « qu’un lien de causalité entre la mort du lutteur et sa blessure n’est pas établi à ce stade » : « Sur la question d’améliorer les procédures médicales d’urgence, nous annoncerons quelque chose une fois qu’une décision officielle sera prise. »

Vives réactions

La question est de savoir quand, car les problèmes de prise en charge médicale ne sont pas nouveaux dans l’univers ultraconservateur du sumo. En janvier 2017, Musashikuni – le neveu du 67e yokozuna Musashimaru –, du haut de son 1,87 m et de ses 145 kg, affrontait Tomisakae, 1,68 m pour 110 kg. Il l’a complètement assommé dès le tachiai (la charge initiale). Or personne ne s’est précipité pour aider Tomisakae, resté inconscient pendant de longues minutes. En mai 2018, Hokutofuji a subi un violent choc à la tête qui l’a étourdi. Il a pourtant été autorisé à reprendre le combat.

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Source : Le Monde.fr

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