« Perfect Days » : Wim Wenders sublime la routine d’un nettoyeur de toilettes au Japon

Hirayama (Koji Yakusho) dans « Perfect Days », de Wim Wenders. Hirayama (Koji Yakusho) dans « Perfect Days », de Wim Wenders.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Sélectionné au Festival de Cannes, en compétition, où le cinéaste allemand Wim Wenders reçut la Palme d’or pour Paris, Texas (1984), puis le Prix de la mise en scène pour Les Ailes du désir (1987), Perfect Days renoue avec le voyage cinématographique au Japon – après Tokyo-Ga (1985), sur les traces du réalisateur Yasujiro Ozu. Wenders y suit le quotidien d’un homme modeste, Hirayama (Koji Yakusho), la cinquantaine, employé par la ville de Tokyo pour nettoyer les toilettes publiques dans le quartier de Shibuya. Le personnage accomplit sa besogne ingrate à la perfection, chorégraphiant chaque geste, retrouvant de ce fait une certaine dignité, comprend-on en creux.

La routine de ce poète des WC nets, curieux du moindre signe extérieur (une pousse d’herbe…), se transforme en une somme d’instants chavirés, mention zen. Certains jugeront le haïku un peu cul-cul, mais force est de reconnaître à Wenders un art de mettre en scène les moments de la vie, pour qui veut bien se laisser émouvoir. Comme lorsque les déplacements quotidiens d’Hirayama, au volant de la camionnette, deviennent sublimes par le simple fait d’écouter Patti Smith. Il n’empêche, Perfect Days donne une impression de déjà-vu. Tant le sujet que le dispositif nous rappellent le somptueux Paterson (2016), de Jim Jarmusch, avec Adam Driver dans le rôle d’un chauffeur de bus, auteur et poète à ses heures. En compétition à Cannes, le film fut ignoré par le jury alors présidé par George Miller.

Wenders ne quitte pas son personnage, du lever au coucher, captant ses rituels, sa manière d’enfiler l’uniforme ou de l’enlever le soir venu. Le montage assume les répétitions, tout en modulant le rythme et la longueur des plans (un régal pour l’œil), vaporisant un soupçon de dramaturgie.

Fibre temporelle

A partir de presque rien, sachant que l’infime, ici, est érigé en événement, le réalisateur tisse un récit concentrique au terme duquel son héros renoue peu à peu avec le monde. D’abord l’entourage professionnel, puis la famille, le scénario esquissant même une piste amoureuse. Quelques personnages illuminent le parcours, telle la jeune actrice Aoi Yamada, réincarnation japonaise d’Uma Thurman dans Pulp Fiction (1994).

Wenders n’insiste pas trop sur l’exotisme des toilettes japonaises, avec leur douchette pour la toilette intime, et leurs cabines ultramodernes dont certaines passent de la transparence à l’opacité, selon qu’elles sont libres ou occupées… Leur présence muette à l’écran, avec les allées et venues des usagers, agit tout de même comme un clin d’œil à Play Time (1967), de Jacques Tati. Voici du neuf qui renvoie à de l’ancien, Wenders jouant sur la fibre temporelle et sur cette philosophie du sublime à portée de main, héritière de L’Infra-ordinaire (1989, Seuil), de Georges Perec (1936-1982).

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Source : Le Monde.fr

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